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Qualité des sols

Le taux de matière organique à évaluer dans son contexte

Publié le 23/04/2021 - 14:29

Le taux de matière organique seul n’a que peu d’intérêt, il en acquiert en le comparant au taux d’argile d’un sol.

La matière organique du sol est un continuum des composés organiques en cours de biodégradation. Un long cheminement aboutissant à une matière organique stable favorable à la structure du sol. Mais quelle en est la bonne teneur ?

"Plus de la moitié du carbone présent dans le premier horizon du sol est âgé de 0 à 10 ans, indique Claire Chenu, chercheuse à l’Inrae en science du sol, biogéochimie et matières organiques, lors de la journée technique "Les matières organiques dans les sols agricoles" organisée par le Comifer, début avril 2021. En profondeur en revanche, le carbone est majoritairement millénaire, entre 1 000 et 3 000 ans. Au bout d’un certain temps, un processus de stabilisation et de protection physique du carbone s’opère. C’est notamment ce qui explique la préservation à long terme de la matière organique dans les sols."

Pascal Boivin, professeur en science du sol à la Haute École spécialisée suisse occidentale, s’empresse de rappeler : "Du côté des praticiens et des agriculteurs, le terme matière organique est plus souvent utilisé, et du côté de la science le terme carbone est plus volontiers employé." Cependant, les deux notions sont dépendantes et jouent, entre autres, sur la fertilité physique des sols. Elles reviennent d’ailleurs sur le devant de la scène avec les différentes questions environnementales qui se posent, et notamment celle du stockage de carbone.

Lire le taux de MO au regard du taux d’argile

Pour Pascal Boivin, la problématique de stockage du carbone n’est pas antagoniste de la performance technique des sols. Bien au contraire. "Que ce soit d’un point de vue environnemental ou des performances agronomiques, un sol doit présenter une bonne structure lui assurant à la fois résistance et résilience au travers d’une porosité structurale suffisante."

Des études ont été menées en ce sens et mettent en évidence que le rapport carbone/argile (ou matière organique/argile) est corrélé à la bonne qualité structurale des terres. Ainsi a-t-il été admis qu’un rapport MO/argile de 17 % est une exigence minimale pour un sol suffisamment structuré. "C’est un objectif réaliste mais nécessaire pour qu’un sol soit résistant et résilient, note le professeur. Il s’agit d’une valeur charnière ! En dessous de cette valeur, le sol est vulnérable. Au-dessus, le sol est mieux structuré."

Ne pas franchir la barre des 12 %

Si 17 % est la valeur charnière, quelle valeur faut-il viser pour obtenir un sol avec une structure de très bonne qualité voire une qualité maximale ? Il semblerait que la valeur retenue aujourd’hui soit de 24 %. A contrario, il est essentiel de ne pas descendre sous la barre des 12 % au risque d’être en présence d’une structure dégradée.

Compte tenu des résultats de l’étude évoquée par Pascal Boivin, il est facilement compréhensible que le seul indicateur "taux de matière organique" n’a que peu de sens s’il est analysé seul. La teneur idéale en MO est étroitement liée à la texture du sol. Pour améliorer le rapport MO/argile, le professeur note "un effet très positif des couverts végétaux. La fréquence de retour des couverts végétaux sur une parcelle et le nombre d’espèces qui les composent semblent être des facteurs importants pour améliorer le rapport MO/argile, tout comme la réduction du travail du sol". Pascal Boivin incite même à l’abandon du labour pour les terres affichant un rapport proche de 12 %.

 

 

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