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Fertilisation azotée

Aucune opposition entre rendement et environnement avec Appi-N pour piloter la fertilisation azotée

Publié le 03/12/2021 - 15:00

Avec Appi-N, le premier apport d’azote est souvent retardé voire supprimé. Crédit photo : Mathieu LECOURTIER/Média&Agriculture.

"La méthode Appi-N, ne prend pas en compte deux piliers majeurs de la méthode du bilan: l’objectif de rendement et la mesure de l'azote minéral dans le sol à la fin de l'hiver (reliquat azoté en sortie d’hiver)", note Maëva Guillier, de la chambre régionale d’agriculture Grand Est, lors des 15e rencontres de la fertilisation et de l’analyse organisées à la fin du mois de novembre 2021 par le Comifer et le Gemas. "Les agriculteurs sont-ils prêts à accepter de ne pas fixer d’objectif de rendement ?"

Des carences tolérables non préjudiciables au rendement

La méthode Appi-N repose sur un raisonnement dynamique au cours du cycle de la culture, basé sur le suivi de l’indice de nutrition azotée (INN) de la culture et de ses trajectoires. Son objectif est de maximiser le coefficient apparent d’utilisation (CAU) de l’azote sans amputer le potentiel de rendement de la culture ni la qualité des grains. "Un objectif qui passe par l’acceptation de carences azotées tolérables en début de cycle principalement, note Pierre Lebreton, de l’Inrae. Il s’agit d’un changement important vis-à-vis de la méthode du bilan. Des jaunissements inhabituels de la culture peuvent être observés à l’occasion de ces carences azotées acceptables et non préjudiciables. Si elles n’amputent en rien le potentiel de rendement, la méthode nécessite un changement de vision de la part de l’agriculteur." La dose d’azote finale apportée à la culture n’est connue qu’en fin de cycle. Seule l’évolution de l’INN pilote les dates de fertilisation azotée, le nombre d’apports et la dose totale.

Mêmes performances techniques avec moins d’azote

Trente-neuf essais ont été menés au sein de micro-parcelles en région Centre-Val de Loire pour valider la technique. En région Grand Est, la pratique a été réalisée chez des agriculteurs directement dans leurs parcelles. Maëva Guillier fait état des résultats obtenus dans le cadre de ces deux suivis: "Nous avons observé une tendance à un retard quasi systématique du premier rapport d'azote, voire à une impasse. Le nombre d'apports total est également revu à la baisse dans la majorité des cas. Et la dose totale d'azote apportée est elle aussi le plus souvent réduite. En Centre-Val de Loire, cette réduction de la dose totale est en moyenne de 16 kg/ha dans les essais en micro-parcelles. Pour les essais en bande chez des agriculteurs du Grand Est, la dose totale d'azote a pu être réduite en moyenne de 25 kg/ha. En parallèle, ont pu être observés des rendements équivalents entre la méthode du bilan et la méthode INN, ainsi que des taux de protéines proches également. Aucune différence significative n'a, en tout cas, pu être mesurée entre les différentes modalités sur ces indices de performance technique."

Fort de ces résultats techniques, le calcul économique pour les modalités en région Grand Est met en évidence un gain potentiel de marge de 38 €/ha pour la méthode Appi-N. En parallèle de ces gains technique et économique, elle engendre moins de pertes d'azote et de moindres émissions de gaz à effet de serre grâce à un meilleur CAU.

Fiabiliser et simplifier la méthode Appi-N

Dans un contexte de nécessaire efficacité de l'azote, la méthode Appi-N montre des arguments intéressants. N'étant déployée que depuis quatre ans cependant, du temps est nécessaire pour la maîtriser parfaitement. Aujourd'hui, elle demande des visites régulières dans les parcelles, afin de mesurer l’indice de nutrition azotée de la culture manuellement par l'agriculteur.

Si une application Smartphone est en cours de création, afin de faciliter son utilisation par les agriculteurs, il faut d'ores et déjà se poser la question d'une mesure de l'INN plus aisée. Peut-être cela passera-t-il par des images satellitaires. En attendant, le travail de fiabilisation de la méthode sur blé tendre se poursuit. En région Grand Est, la méthode est également testée sur orge d'hiver. Les premiers résultats devraient prochainement être disponibles.

Arvalis intègre l’INN dans la modulation intra-parcellaire

De son côté, Arvalis–Institut du végétal, au travers de son outil CHN-conduite qui inclut l’INN dans ses calculs, travaille à l’intégration en temps réel de l’hétérogénéité intra-parcellaire. Puisqu'il n'est pas possible de réaliser les calculs pour chaque mètre carré d'une parcelle – ou plutôt pour chaque pixel d’une image satellitaire –, choix a été fait de simplifier l'information d'entrée dans l'outil CHN avec seulement quelques pixels, et de construire un algorithme pour la spatialisation.

Avec seulement quelques points de mesure, l'institut technique a pu élaborer les premières bases d'un outil, dont l'erreur semble être en moyenne de 3,3 kgN/ha, l'erreur maximum ayant été de 5 kgN/ha. Soit "une incertitude inférieure à l'erreur d’épandage des épandeurs centrifuges du marché", indique François Taulemesse, ingénieur au sein de l’institut. Si le travail sur l'algorithme de calcul se poursuit, le principal point faible de la méthode réside dans la disponibilité des images satellitaires au moment souhaité. Images satellitaires dépendantes, comme chacun le sait, de la couverture nuageuse au moment de la prise de vue.

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