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La pandémie relance la réflexion sur les accords de libre échange

Publié le 19/03/2021 - 17:03

Lors du 3e colloque d’État de l’agriculture 2021 organisé par l’Académie d’agriculture de France, Sophie Devienne, professeur d'agriculture comparée et de développement agricole à Agroparistech, a démontré les conséquences des accords commerciaux internationaux au sein de l’agriculture française. "La crise de la Covid-19 a mis en lumière la fragilisation de nos sociétés, dépendantes des pays étrangers et de la mondialisation économique."

À chaque pays, sa propre définition de la transition agroécologique

"Notre système alimentaire a montré une bonne résilience depuis le début de la crise sanitaire mais a également mis en évidence sa vulnérabilité. La France n’est pas autonome et dépend d’autres pays pour certains produits, tels que la fourniture d’engrais ou de protéines pour l’alimentation animale." Pour la professeur d’agriculture, la relocalisation des productions est une solution pour répondre à ces enjeux à la fois alimentaires et environnementaux. Cette transition agroécologique nécessite des conditions techniques, politiques et économiques favorables

Dans ce contexte, Sophie Devienne s’interroge sur l’intérêt des accords de libre échange avec des grandes puissances agroexportatrices. "Elles simplifient leurs systèmes de production avec des niveaux de productivité très élevés. Ces pays sont à l’opposé de la définition que l’Europe donne de la transition agroécologique. Nous assistons à un dialogue de sourds face à des approches et des législations différentes. Dans ces conditions, comment les accords de libre échange peuvent-ils favoriser l’accroissement du système alimentaire ? Les agriculteurs européens se retrouvent en concurrence avec des produits qui ont des normes et des conditions de production différents, créant des différentiels de compétitivité et impactant les prix agricoles."

Les accords de libre échange, accélérateur ou frein du système alimentaire ?

Le Ceta, accord de libre échange entre l’Europe et la Canada, défavorise l’agriculture européenne. C’est ce que Sophie Devienne a dénoncé lors de son intervention. Cet accord veut supprimer les droits de douanes sur 95 % des produits et réduire les barrières réglementaires aux échanges de biens et services.

Le Canada et l’UE ont des conceptions très différentes en matière de santé publique et de bien-être animal. L’UE adopte le principe de précautions en interdisant l’usage de certaines pratiques ou substances. Quant au Canada, il plaide en faveur de preuves scientifiques, pourtant pas toujours démontrables faute de liens de causalité.

"Dans ces conditions, comment convaincre les agriculteurs de l’UE de passer à des pratiques davantage vertueuses face à des producteurs aux référentiels plus laxistes ? Les normes doivent évoluer pour trouver des accords bilatéraux équitables et harmonisés. Pour construire une alimentation qui soit résiliente et durable, l’Europe doit exiger des mesures de réciprocité."

 

 

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