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Il implante ses betteraves sucrières au strip-till

Publié le 27/04/2021 - 11:00

Les betteraves en strip-till semblent moins accuser les coups de secs du printemps. Photo : Mathieu Lecourtier/Média&Agriculture
Éric Boisleux met en œuvre des pratiques permettant de concilier productivité de ces cultures et vie de ses sols. C'est pourquoi il pratique l'agriculture de conservation des sols. En betteraves toutefois, il est encore difficile de réussir des semis directement dans un couvert végétal. C'est pourquoi le strip-till est une bonne alternative.

« Pour obtenir de belles racines de betteraves, il faut un sol assoupli sur une profondeur de 15 à 20 cm », suggère Éric Boisleux, gérant de l’EARL Famec, qui est en semis direct sous couvert vivant depuis une douzaine d’années pour la plupart de ses cultures. Il ne désespère pas de réussir un jour des betteraves en semis direct, mais cela demande un sol particulièrement vivant. En attendant, « le strip-till est la solution intermédiaire que nous avons trouvée pour à la fois moins perturber le sol et mettre toutes les chances de notre côté afin de réussir la culture de la betterave ».

Le strip-till en betteraves oui, mais avec un bon couvert végétal

« Le strip-till seul c’est bien, mais cela ne suffit pas, avance Éric Boisleux. Il faut des racines vivantes pour coloniser la bande de terre travaillée à l’automne et éviter qu’elle ne reprenne en masse durant l’hiver. » Ce qui signifie donc deux choses : la première, c’est qu’un couvert végétal avec un système racinaire dynamique doit être implanté dès la moisson terminée. La seconde c’est qu’un passage de strip-till est nécessaire à l’automne. Le système racinaire du couvert peut ensuite recoloniser la bande travaillée avant l’entrée d’hiver et la mort du couvert par le gel.

Si le couvert végétal a bien fait son office durant l’automne et l’hiver, il ne reste alors plus qu’à repasser un second coup de strip-till, en surface cette fois-ci, pour préparer le lit de semence. « Selon les conditions, nous passons une première fois à trois centimètres de profondeur avec des dents vibrantes à 5-6 km/h, indique l’agriculteur. Si c’est nécessaire, pour ressuyer davantage le sol, nous passons une seconde fois à 10 km/h juste avant de semer. Les deux passages sont souvent réalisés coup sur coup comme le semis qui intervient juste après… »

Itinéraire cultural des betteraves sucrières au fil de la campagne 2020-2021

Le 18/07/2020 : Récolte du blé dans la parcelle « Vignes » de 15 ha. Le rendement frôle les 100 q/ha dans cette parcelle majoritairement crayeuse. La paille est broyée et restituée au sol.

Le 28/07/2020 : Semis de colza à 5 kg/ha. La culture ne se développe pas correctement en raison du manque de précipitations estivales et… d’une erreur de désherbage. Le colza en pâti au point de mettre en péril la culture. De plus, la parcelle possède un historique de salissement chargé. De fait, la parcelle se recouvre d’un couvert végétal constitué de colza et d’adventices. Cela étant, le principal pour Claire Boisleux, reste que « le sol soit couvert même s’il s’agit d’un couvert multi-espèces dont nous n’avons pas choisi toutes les espèces ».

Le 21/10/2020 : Semis de 200 kg/ha d’orge de printemps en direct pour regarnir le couvert présent. Il intervient trop tardivement en saison pour espérer un couvert végétal suffisamment développé à l’automne et réaliser dedans un passage de strip-till. Cela étant dit, il est opéré après le renoncement d’un passage de strip-till durant le mois de septembre car le sol était trop sec. La présence d’une graminée dans le couvert végétal destiné à recevoir un passage de strip-till est très utile grâce à son système racinaire fasciculé. Cela permet « de tenir la terre et de créer une légère butte derrière la dent du strip-till à l’automne. Une butte offrant suffisamment de terre au printemps pour préparer le lit de semence sur la ligne de semis. »

Le 10/11/2020 : Tentative infructueuse de réaliser le passage de strip-till d’automne. « Le sol est trop humide en surface et avec un couvert pas suffisamment développé, note l’agricultrice. La petite butte espérée derrière la dent du strip-till ressemble plutôt à un trou. Il risque de ne pas avoir assez de terre pour le lit de semences au printemps, et la graine de betterave risque de tomber au fond. L’objectif n’est pas atteint donc l’intervention est abandonnée. Nous remarquons toutefois aucun lissage en profondeur alors que la dent du strip-till est réglée à à bon 20 cm de profondeur. Il s’agit a priori de la profondeur idéale pour préparer l’implantation des betteraves. Nous avons réalisé des essais de profondeur l’année dernière : 12, 17 et 21 cm. Le rendement là où le strip-till a été passé à 21 cm est de loin le meilleur. Respectivement, les rendements étaient de 58, 72 et 78 t/ha. Pour autant, nous n’avons observé aucune différence en végétation. » L'agricultrice en profite pour appliquer 150 l/ha de microorganismes efficaces (EM) en localisé juste derrière la dent de fissuration.

Le 18/11/2020 : Pulvérisation de 200 l/ha de microorganismes efficaces (EM) sur la partie de la parcelle n’ayant pas reçu le passage de strip-till. Claire Boisleux compte sur la pluviométrie du moment pour plaquer le produit au sol. En effet, les EM étant anaérobies, il est préférable de les enfouir au sol le plus rapidement après l’application. Sans travail du sol prévu, une pluie facilite leur pénétration dans le sol. Les EM correspondent à un mélange de « bons » microorganismes permettant d’induire une évolution de la population de micro-organismes du sol. « Dans le sol, il y a 5 % de microorganismes dominants efficaces, autant de microorganismes dominants prédateurs/pathogènes et les 90 % restants sont des microorganismes suiveurs. Si la population de prédateurs prend le dessus, les suiveurs suivent et vice-et-versa. Injecter des EM dans le sol vise à faire pencher la balance du bon côté. »

Passage de strip-till à la faveur d'une gelée. Crédit photo : Claire Boisleux

Le 10/01/2021 : À la faveur du premier épisode de gel de l’hiver, nouvelle tentative de strip-tillage de la partie de la parcelle qui n’a pas encore été travaillée. Le sol n’étant pas suffisamment gelé en profondeur, l’intervention est abandonnée à la faveur d’un passage de déchaumeur à dents à une profondeur de 10 cm. L’objectif est de travailler le sol en surface sans « toucher » à la structure en profondeur.

Le 10/02/2021 : Passage de rotavator sur la partie de la parcelle ayant été déchaumée. L’objectif est de niveler le sol après le passage de déchaumeur en vue du semis.

Les 28 et 29/03/2021 : Semis des betteraves après un dernier passage de vibroculteur sur l’entièreté de la surface de la parcelle afin d’émietter encore la terre. Sur la partie qui a été strip-tillée, cela permet de reboucher les trous occasionnés par le passage des dents. Avec l’autoguidage RTK, le semoir à betteraves est précisément placé dans les lignes de strip-till. Deux variétés (Tisserin et Libellule) sont semées à raison de 1,28 dose par hectare. Le semoir utilisé est certes un semoir récent, mais pas spécifique pour un semis direct ou très simplifié.

Le 06/04/2021 : 250 l/ha de solution 39 sont appliqués sur la parcelle. Le même jour est effectué un désherbage de post-semis comprenant, 360 g/ha glyphosate, 8 g/ha de Safari et 1 l/ha de Target. L’objectif de cette première intervention est notamment de détruire totalement les colzas présents dans le couvert végétal précédent.

Levée de betteraves. Crédit photo : Claire Boisleux
Le 21/04/2021 : Désherbage de post-levée avec Bettapham à 1 l/ha, Ethofol à 0,3 l/ha, Kezuro 0,6 l/ha et Safari Duo à 100 g/ha. Les betteraves sont encore en cours de levée. Aucun dégât de gel n’est à déplorer et aucune différence n’est remarquée entre les deux modalités de travail du sol pour l’instant.

 

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